Création d'entreprise: plus forts en famille

Faire partie de la même famille, avoir les mêmes envies et des compétences diverses: c’est la combinaison gagnante pour créer  une première  entreprise  quand on est jeune.    

 

« Ce n’est pas plus facile de travailler avec sa famille, mais c’est plus rassurant », affirme  en souriant  Nicolas Julhès, à la tête de l’entreprise  Julhès  Paris avec son frère et ses parents.  En 1996, la famille rachète une première boulangerie à Paris. Depuis, ils possèdent six commerces de bouche et travaillent toujours,  à  quatre.

 

« On a fait grandir l'entreprise ensemble, comme un bébé dont on s'occupe », explique-t-il, « c'est un mode de vie que je ne pourrais pas abandonner. » Selon Nicolas, c'est un modèle complexe.  Mais il  attire les jeunes qui, en sortant de leurs études,  veulent travailler à leur propre compte dans un environnement sécurisant. 

 

« On ne se ressemble pas du tout! », s'amusent les soeurs fondatrices de la marque  Nayade  Swimwear. Les deux jeunes femmes ont néanmoins le même sourire et ce regard complice qu'elles échangent quand elles parlent de leur relation. Dhélia a 26 ans, de longs cheveux blonds et un teint solaire;  elle est designer et  surfeuse professionnelle. Cyrielle  a 30 ans, des cheveux bruns attachés;  elle a  été chef de produit dans une entreprise qui vend des maillots de bain.

 

Créer des  bikinis échancrés ou des mini maillots, « introuvables en France » selon les deux soeurs,  c'était pour elles un rêve en commun. Depuis janvier 2014, elles ont  conçu  deux collections  dans l'atelier aménagé dans la maison de Cyrielle, à Hossegor. Des compétences complémentaires, une bonne relation de base et un  projet semblable ; c'est ce qui poussent ces familles à entreprendre ensemble. 

 

Les maillots de bain Nayade Swimwear sont fabriqués à 30 min du domicile de Cyrielle.

 

Cyrielle et  Dhélia  sont au tout début de leur « aventure professionnelle ». C'est aussi le cas d'Hélène  et  Claire, deux soeurs nantaises de 27 et 25 ans, qui oeuvrent autour  du Chatouille.  Le premier bar à chats de Nantes  devrait ouvrir en janvier 2015. 

 

Pour elles, c'est plus simple de monter une entreprise en famille: « On peut tout se dire avec ma soeur, s'il y a un conflit,  il suffit de crier un bon coup et ça repart directement. »  Une communication facile et ouverte qui les aide à mieux gérer la création d'un projet.

 

Un projet en commun, des compétences diverses     

 

Deux notions sont essentielles et généralement acquises, dans cette démarche en famille : la  confiance et  la  communication. C’est en clair ce qui est apparu rapidement chez ces trois familles entrepreneuses.  Selon  Alain Bloch,  professeur et  co-fondateur d'HEC  Family  Business (centre de formations et de recherches) , « ce sont  les deux  points positifs  qui viennent  directement  à  l’esprit;  la  proximité  rend la communication plus facile. » 

 

Lui qui a écrit sur l'entrepreneuriat familial mais surtout sur les conflits des générations  suivantes  qui héritent d'une entreprise, a plutôt une mauvaise image du travail en famille. « Il faut faire attention à la dimension affective avec son associé, ça complexifie la relation et rend les choses moins rationnelles. »  Lui-même conseillerait à ses étudiants de réfléchir à deux fois avant de démarrer  leur vie de chef d'entreprise en famille.    

 

Si  sa vie de famille et professionnelle sont mêlées,  cela ne  pose pas de problème  à Nicolas, 37 ans,  qui concède néanmoins qu'il est essentiel pour lui et son frère d'avoir leurs « petites familles » respectives, pour parler d'autre chose le soir. Ce boulimique de travail commence  sa journée à 5h du matin et la finit à 20h30.

 

«  Jamais il ne m'est arrivé d'aller travailler à reculons  » avoue ce passionné, qui fait  ce qu'il aime,  entouré de ses proches. « Même  mes meilleurs amis  sont certains de mes fournisseurs! », ajoute-il en riant, avant de s'engouffrer dans l'une des boutiques qu'il gère dans le 10e arrondissement.

 

La marque Julhès Paris produit entre autres du chocolat et des pâtisseries.

 

Cyrielle et  Dhélia, les deux sœurs de Hossegor,  sont montées à Paris pour cinq jours, le temps de présenter leurs collections de maillots de bain dans une boutique éphémère du Marais. Déjà très proches avant de se décider à travailler ensemble, elles avouent n'avoir aucune difficulté à allier leur vie professionnelle à leur vie familiale: « Avant on s'appelait  une fois par jour, maintenant c'est beaucoup plus! », raconte la pétillante  Dhélia.

 

Complices, les deux jeunes femmes  parlent en même temps, finissent les phrases de  l'autre. L'une dessine les collections, l'autre s'occupe naturellement de la production. Ce sont leurs compétences, ou du moins leurs affinités, qui font que les rôles ont été spontanément distribués au commencement du projet.

 

Un modèle économique et un symbole marketing    

 

Bonduelle, Eram, Andros,  Seb, les brioches Pasquier… De grandes entreprises françaises dont les marques se sont implantées dans notre quotidien sont gérées par des familles. En 2013, une étude conduite par le cabinet  de conseil Ernst & Young  a montré qu’entre juillet 2011 et juin 2012, 60% des entreprises familiales ont enregistré une croissance de 5% alors que la crise était  déjà bien ancrée.  Si les entreprises familiales réussissent à  lui  faire face,  c’est grâce à l’image qu’elles renvoient encore aujourd’hui. 

 

90% des Français, interrogés en 2013 dans le cadre d’un sondage  OpinionWay,  ont une excellente opinion des entreprises familiales.  Bonhommie, authenticité, patrimoine : en France, celles-ci jouent sur ces valeurs et cela leur réussit.  Cette bonne opinion pourrait aussi venir du fait qu’il serait  plus agréable d' y  travailler. Alain Bloch évoque « un management plus souple et plus humain que la moyenne  », mais aussi un atout de taille, « le turnover est réduit grâce à des collaborateurs plus fidèles ». 

 

La Distillerie de Paris des frères Julhès ouvrira en janvier 2015 et proposera notamment de la vodka et du gin made in Paris.

 

La dimension affective est évidemment très présente dans une entreprise familiale; c'est elle qui en fait la force. Nicolas  Julhès,  avec son frère et ses parents, gère  six boutiques à Paris: une  fromagerie, une  épicerie, une pâtisserie... et bientôt une distillerie!  «  En famille, on est plus fort  », affirme le jeune homme avec passion, ravi de parler de son expérience pour la première fois. « Ensemble, nous allons dans une même direction avec les mêmes valeurs.  »

 

Avec l'ouverture d'une nouvelle boutique tous les trois ans, il est l'exemple parfait du patron comblé dans une entreprise familiale qui fonctionne.  «  Si notre entreprise a la capacité d'avoir une croissance importante, c'est parce qu'on est capable de mettre beaucoup d'énergie et de travail sans attendre  des gains rapides.  » Chaque sou gagné est réinvesti, c'est une particularité de ce modèle d'entreprise dans lequel la pérennité est un objectif essentiel.  

 

Dans l'univers de la mode, le lien familial est tendance.  « Six Soeurs »  est un vide-dressing en ligne mais aussi un atelier de confection de sacs à partir de vieilles  vestes en cuir. L'histoire n'est pas anodine et ces soeurs en jouent.  Le récit de l’origine de la boutique en ligne commence ainsi sur leur site:  « Les six soeurs  grandirent à la campagne avec une mère couturière, un père écrivain, des chats, des poules, des oies, des arbres et ... les vide-greniers !  »

 

Une famille  soudée  qui vit dans une maison de campagne;  c'est le retour de l'entreprise familiale vintage, celle qui travaille à la main et qui produit des objets simples et authentiques.    «  Sixsoeurs c'est une histoire de famille, se poursuit le conte, une même vision du beau, souvent synonyme de patine et de récupération. Une boutique imaginée par des  soeurs  chineuses pour leurs amies  modeuses.  »  Ceci est  suivi d’une photo  en noir et blanc  des six jeunes filles, alors enfants ;  gage d’authenticité de leur histoire. 

 

 

Le conte des six soeurs sur leur e-shop.

 

Cyrielle et  Dhélia, les soeurs du Sud-Ouest, elles, évoquent  seulement  leur lien familial sur leur e-shop, sinon il n’est pas flagrant. Mais dans les boutiques dans lesquelles elles essayent de vendre leurs mini maillots de bain, on note toujours, amusé, le fait qu’elles soient soeurs et associées.

 

«  Les gens trouvent que l’histoire est belle et on nous dit même de jouer sur notre lien familial pour notre marque, raconte Cyrielle, en général, les gens s’étonnent et se demandent "vous arrivez à vous entendre ? "  ». Travailler et créer ensemble  en étant soeurs; une accroche qui fera peut-être la différence dans la réussite de leur entreprise. 

 

Amira Bouziri

 

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